2e forum transports & territoires - 25 juin 2015 - Lyon

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3 questions à Bruno FAIVRE D'ARCIER  
            
Professeur à l’Université de Lyon, Laboratoire d’Economie des Transports, Institut des Sciences de l’Homme  

 


Vous allez intervenir sur une table ronde qui évoquera le financement des transports. Quels sont les aspects à modifier dans les politiques de transport public pour redresser une situation financière tendue ?

Il faut distinguer deux choses. D’un côté les difficultés conjoncturelles de ressources des collectivités locales, liées à la baisse des dotations de l’Etat, et de l’autre la crise structurelle de financement des transports publics. Cette dernière résulte de l’histoire de la relance des transports collectifs depuis quelques décennies. La création du Versement Transport a permis aux AOT d’investir fortement dans l’amélioration de l’offre, mais cette apparente richesse a facilité un certain laisser-aller en termes de tarification. Depuis les années 2000, la fréquentation est repartie à la hausse – du moins dans les plus grandes agglomérations – parce que l’on a commencé à pénaliser l’usage de la voiture en ville. Mais comme le prix payé par l’usager est nettement inférieur au coût du service rendu, le déficit se creuse mécaniquement, et c’est le contribuable qui doit supporter cette charge, car le rendement du VT est à son maximum.
Il est donc nécessaire d’agir sur la maitrise des dépenses d’exploitation, en recherchant des gains de productivité qui sont potentiellement importants, mais aussi sur une optimisation de l’offre, en hiérarchisant les réseaux. Aujourd’hui, augmenter le nombre de clients signifie capter des automobilistes, qui sont très sensibles à la qualité de l’offre (fréquence, amplitude horaire) et éventuellement prêts à payer plus cher pour un service amélioré. Il est donc nécessaire de repenser la tarification, en augmentant les tarifs tout en les rendant plus juste.

Combien de temps cela pourra demander aux différents acteurs ? Quelles sont les décisions à prendre à court terme selon vous ?

La solution n’est pas dans une suppression de véhicules.km, qui risquerait de replonger les réseaux dans le cercle infernal que l’on a connu il y a 40 ans, alors que par ailleurs on prône le développement durable et la réduction des gaz à effet de serre. L’optimisation de l’offre peut se faire à relativement court terme par une redistribution des moyens sur les lignes attractives, quitte à proposer des alternatives plus légères dans les zones peu denses, où le transport collectif classique est mal adapté. Il faut ensuite s’attaquer à la question tarifaire qui est à mon avis le grand chantier de la décennie à venir, afin de faire progresser la recette par voyage. Il faut remettre à plat la tarification sociale pour aller dans le sens de plus de justice. En ce sens, les réductions sur le statut doivent laisser la place à des réductions en fonction du revenu. Il faut aussi s’interroger sur notre vision du service public de mobilité (et pas seulement de transport), ce qui veut dire analyser plus en détail les attentes et les comportements des citadins qui sont en train d’évoluer : les gens sont de plus en plus multimodaux et intéressés par des bouquets de service de mobilité. Le développement des outils de billettique permet désormais une meilleure connaissance du client et de ses besoins de déplacement et ils pourraient jouer un rôle d’intégrateur de la mobilité.

La réorganisation territoriale changera-t-elle la donne ? En particulier l’apparition des métropoles ?

A court terme, l’apparition des métropoles ne va pas bouleverser l’organisation de la mobilité, dès lors que les périmètres de compétences restent les mêmes. Elargir le territoire de compétence peut être une bonne chose si l’on prend en compte la diversité des territoires périphériques. Il ne s’agit pas de généraliser le système urbain à une périphérie peu dense. Par contre, si les métropoles, les départements et les régions réussissent à faire converger leurs efforts pour mutualiser les réseaux, alors le citadin – qui se moque de savoir qui le transporte – pourra y gagner par une offre vraiment coordonnée. De même, si les métropoles raisonnent plus en termes de mobilité que d’offre de transport, on peut espérer une plus grande cohérence des politiques publiques, prenant en compte l’urbanisme, les systèmes de transport, et même l’énergie et l’environnement. Et notamment un système de « prix de la mobilité » cohérent et intégrant tous les modes de déplacement sur un territoire adapté à la réalité urbaine.

Propos recueillis par IDEAL Connaissances le 8 juin 2015 dans le cadre du Forum Transports & Territoires